Naissance de l'ordre cistercien

La quête de Dieu qui a caractérisé le Moyen Âge marque aujourd’hui encore le visage des villes et campagnes d’Europe, peuplées de cathédrales, de collégiales, d’églises paroissiales et d’abbayes. Elle s’est exprimée de la façon la plus radicale dans l’expérience monastique : le fait pour un homme ou une femme de « quitter le monde » pour se retirer dans une abbaye.
Le Moyen Âge a imaginé bien des façons de vivre cet idéal de fuite du monde, depuis la solitude de l’ermite vivant au fond des forêts jusqu’à la vie commune de centaines de moines cloîtrés derrière les murs d’une abbaye.

Parmi tous les mouvements monastiques qui naissent aux 11e-12e siècles, l’ordre cistercien connaît le succès le plus fulgurant. En 1098, Robert de Molesmes et quelques compagnons fondent l’abbaye de Cîteaux en Bourgogne. Ils sont guidés par la volonté de rétablir une observance stricte de la règle la plus célèbre d’Occident : la règle de saint Benoît (6e siècle). Travail, prière et repos, tel était le chemin.

En quelques décennies, l’ordre se répand à travers toute l’Europe sous l’influence de grands abbés comme Étienne Harding et surtout Bernard de Clairvaux, l’une des personnalités les plus en vue de l’Europe du 12e siècle. La Ferté, Pontigny, Clairvaux, Morimond sont les premières filles de Cîteaux. En 50 ans d’existence, plus de 350 abbayes sont ainsi fondées… Plus d’un millier suivront. Le premier réseau spirituel et culturel d’Europe est né. Il s’organise en une fédération d’abbayes-mères et d’abbayes-filles, dotée d’une constitution, la Charte de charité et d’unanimité.

Entre 1115 et 1153, l’abbaye de Clairvaux donnera à son tour naissance à 169 abbayes-filles dont celles de Villers (1146) et de Santa Maria d’Alcobaça (1153).